Vingt-huit ans d'attente. L'Autriche dispute enfin son ouverture au Mondial, et Ralf Rangnick a fixé le ton : ce match doit être abordé « comme une finale absolue ». Le contexte est limpide — avec l'Argentine et l'Algérie en embuscade dans le groupe J, les Autrichiens n'ont pas le droit de trébucher face à la Jordanie. Mais c'est précisément cette pression, conjuguée au profil de l'adversaire, qui dessine un scénario fermé.
Une Jordanie pensée pour ralentir la partie
La sélection de Jamal Sellami ne vient pas dérouler du football offensif. Son plan est défensif et assumé : un bloc bas en 3-4-3 ou 5-4-1, qui cède la possession, compresse l'axe et attend la transition. Les meilleurs résultats récents de la Jordanie sont venus dans des matches à tempo modéré, où elle a gardé sa structure — les nuls contre le Nigeria et le Costa Rica en témoignent.
Le revers de la médaille est connu : quand on l'étire, la digue cède. La Suisse (1-4) et la Colombie (0-2) l'ont exposée dès que le rythme s'emballait. Mais face à une Autriche qui, justement, ne cherchera pas à accélérer à tout prix, ce risque d'ouverture brutale est tempéré. Et offensivement, la Jordanie a perdu en route : Yazan Al-Naimat, son buteur naturel, manque le tournoi, tout comme Sabra. Reste Al-Taamari pour porter le ballon et provoquer, mais le tranchant central s'en trouve émoussé.
Une Autriche qui gagne serré, pas large
Voilà l'autre versant de l'argument. L'identité récente de l'Autriche dans les matches accrochés, c'est le contrôle et la victoire étriquée. Ses deux derniers succès furent deux 1-0 laborieux, contre la Tunisie et la Corée du Sud, et un 1-1 face à la Bosnie. Pas des démonstrations, mais des gestions de match patientes, comme l'a rappelé Xaver Schlager : davantage de ballon, mais surtout de la patience et un contre-pressing rigoureux.
S'ajoute l'absence de Christoph Baumgartner, blessée à la cuisse avant la Tunisie. Ce n'est pas un détail : il retire un créateur et un homme des appels tardifs dans la surface, abaissant le plafond de conversion autrichien. Sabitzer reste le cœur du jeu, Arnautovic la référence devant, mais le réservoir de munitions dans le dernier geste s'en trouve réduit.
La cote a légèrement penché côté buts, le « Plus » étant affiché en favori. Or les scénarios les plus crédibles — 1-0, 2-0, 2-1 — se répartissent largement autour de la ligne. Un bloc jordanien discipliné face à une Autriche méthodique, privée d'un de ses détonateurs : l'après-midi sobre, sous les trois buts, est sous-évalué.




